Transcription Chemsex, l'accompagnement associatif
Voici un nouvel épisode du podcast Sexosafe, avec AgendaQ et Strobo mag.
Journaliste
Le chemsex. La consommation de produits lors des rapports sexuels a un impact sur la santé, sur le moral et sur l’exposition aux IST. Pour ne pas affronter ces problématiques seul, des associations accompagnent les usagers. Fred Bladoux, de Aides, nous explique leur approche sur ce sujet.
Comment se passe le suivi des usagers de chemsex ?
Fred
Alors ça dépend de leurs besoins, ça dépend de leurs besoins. L’idée c’est que le chemsex, c’est quelque chose de très important pour moi, ne génère pas toujours des situations problématiques. C’est quelque chose que je voudrais vraiment mettre en avant. Même si on sait que la loi française réprime l’usage de produits psychoactifs, on est tous d’accord avec ça. En tout cas, le chemsex ne fait pas de dégâts sur l’ensemble des usagers, et il ne faut certainement pas tenir ce discours alarmiste, systématique et qui est beaucoup trop réducteurs. Aujourd’hui, on peut avoir, quand on est usager de chemsex, quand on est usager de produit en contexte sexuel, on a des besoins qui sont totalement différents. Pour certains, c’est juste aller chercher du matériel, juste aller cherche du matériel de prévention. Juste obtenir des informations sur quels sont les nouveaux produits en circulation : « et ça je fais comment, et ça comment je le consomme, quels sont les dosages ». Pour d’autres, qui vont être dans une démarche ou dans un problématique qui est beaucoup sévère et qui ressentent des souffrances ou des besoins de soutien, il peut y avoir une prise en charge en addicto ou le soutien d’un psy ou l’écoute. Voilà, les besoins ne sont pas les mêmes pour tous les usagers de chemsex. Et c’est vraiment quelque chose qui doit se définir, … Alors qui doit répondre à leurs besoins exprimés, et avec des professionnels. Et pas sur la toile, je vous arrête tout de suite : ne mettez pas sur la toile « j’ai des problèmes de drogue ». Tout ce que vous allez récupérer comme commentaires ne va pas vous aider.
Journaliste
Alors justement, le suivi doit être pragmatique au niveau de cette prévention. Donc pas de jugement, pas d’approche morale excluante, pas stigmatisante. Comment travailler là-dessus sur ce suivi et cet accompagnement, sans rentrer personnellement dedans ?
Fred
L’approche bienveillante dans nos métiers, c’est celle qu’on a mis en place et qu’on a depuis des années et des années sur le VIH. Il ne s’agissait pas, quand quelqu’un arrivait, quand un garçon gay arrive dans un lieu d’accueil en disant « j’ai pris un risque sexuel », il ne s’agit pas de le regarder en disant « mon dieu, tu es fou, tu as pris un risque sexuel et tu vas être contaminé ». On sait très bien que là, on passe complètement à côté des objectifs qu’on cherche, à savoir que la personne prenne soin d’elle. Donc la bienveillance, le non-jugement des pratiques, ça doit nous animer, ça doit être vraiment parmi nos valeurs. Quand on veut avoir des informations, du soutien, il faut s’assurer à aller voir les bonnes personnes et les bonnes structures. Moi, je pense à mes camarades d’assos de RDR, il y en a plusieurs, je pense à Plus belle la nuit, je pense à Fête éclair, à énormément, à Technoplus, au site psychoactif.org, si je cite quelques partenaires quelques Aides et qui sont des assos d’auto-support et de soutien, qui sont excellentes, en tout cas en termes de prise en charge et d’accueil des publics. C’est vraiment fondamental : aujourd’hui, si vous avez peur d’être jugé, d’être exclu, de l’approche morale, n’y allez pas. C’est un frein à la prise en charge ou à une bonne prise en charge. Et je tiens aussi à préciser que beaucoup de soignants aujourd’hui, des médecins, des infectiologues, même certains médecins généralistes, des psys, des addictologues, sont extrêmement bienveillants, ont su aussi s’adapter à ces problématiques. Le chemsex, c’est intéressant de poser cette question, parce que le chemsex c’est le double stigmate. C’est extrêmement difficile, et toutes les études le montrent : chaque année, on se rend compte, quand on relit l’étude Prevagay, quand on relit d’autres études assez intéressantes, on se rend compte qu’l est toujours difficile en 2021 de dire son statut sérologique, par peur du stigmate, de l’exclusion, des représentations négatives sur son orientation sexuelle. Il est aussi extrêmement compliqué de dire qu’on est usager de drogue aujourd’hui, parce qu’on s’expose à une espèce de jugement, à un truc qui est lié à la pénalisation. En plus, en ce moment, on n’est pas très aidé sur les discours ambiants et sur les discours très stigmatisants sur les usagers de drogues. Tout ça, ce n’est pas facile du tout pour un chemsexeur aujourd’hui de pouvoir aller dire qu’il rencontre des difficultés sur son orientation sexuelle, sur le chemsex, sur sa prise de produit. Donc vraiment, la bienveillance, le non-jugement, ça doit faire partie de nos actions.
Journaliste
Comment savoir si l’on est en train de tomber dans l’addiction ? Et donc que faire si cela aussi arrive à un ami ?
Fred
C’est difficile, c’est difficile objectivement. C’est difficile de répondre très objectivement et de manière très très courte, parce que c’est surtout mon impératif, là. En gros, en gros, quand on… Parmi les signes qu’on peut mettre en avant, quand on se rend compte que sa consommation, la consommation de produits n’est plus une consommation qui est occasionnelle et qu’elle se répète, et surtout qu’elle a un impact négatif sur les choses du quotidien. Je m’entends : si au bout d’un moment, vous vous rendez compte que vous manquez une journée de boulot par semaine parce que, parce que vous avez pris des produits et que vous n’avez pas réussi à aller bosser, il y a une question à se poser sur le fait que votre consommation présente un risque ou un… Je n’aime pas le mot « dommage », mais pourtant, c’est celui qu’on peut utiliser dans le cas présent. Si vous voyez que d’un seul coup, vous prenez des risques pour votre santé, que votre réseau veineux est vraiment complètement abîmé, là aussi, ça doit être quelque chose qui vous alerte. Si vous vous sentez très déprimé, très fatigué, angoissé, si vos descentes sont de plus en plus sévères, si au lieu de consommer une fois par semaine, vous commencez à consommer deux fois ou trois fois… Voilà, c’est le moment, pas de vous dire que vous avez un problème. C’est négatif de faire ça. Mais de vous interroger sur vos consommations et peut-être d’en parler à un professionnel.
Journaliste
Le chemsex peut altérer la notion de temps et de prise de risque. Quels conseils peux-tu donner aux usagers de chemsex ?
Fred
On prend un produit pour plein de raisons. On prend un produit psycho-actif dans le cadre du chemsex pour se désinhiber, pour améliorer sa performance, mais aussi pour altérer ou en tout cas pour modifier ses perceptions et son comportement. C’est pour se sentir beaucoup plus à l’aise. Le schéma de base, ou en tout cas les motivations de base, c’est vraiment réussir à être plus performant, plus à l’aise avec sa sexualité, dépasser ses limites etc. En effet, il peut y avoir une altération du comportement préventif. Pour ça, plutôt que de se dire « ah tiens mince, j’ai pris des risques encore ce week-end », le meilleur moyen, ce sont les personnes qui vivent avec le VIH, les séropos sous traitement naturellement, on sauve sa vie, on ne tombe pas malade, on ne passe pas en stade Sida, et surtout, si on a une charge virale indétectable, on ne contamine plus les autres. Donc bénéfice individuel et bénéfice collectif. Pour ceux qui sont séronégatifs au VIH, penser à la PrEP, il faut y aller. Il y a une prise en charge chaque trois mois, on voit un médecin. Dépistage hyper régulier aux IST, voilà. En gros, aujourd’hui, on a des solutions, les contaminations ne sont pas du tout une fatalité. IST ou hépatites etc. Aujourd’hui, on peut les soigner. Il faut simplement éviter de les transmettre et d’alimenter la dynamique de l’épidémie, donc dépistage le plus souvent possible et traitement immédiat. C’est ce qu’on appelle le test and treat. C’est vraiment vraiment important.
Journaliste
Quelles sont les structures aujourd’hui existantes pour accompagner les personnes qui pratiquent le chemsex et qui ont besoin de conseil ou de soutien ?
Fred
Le mieux, le mieux si on a vraiment besoin d’informations, c’est de s’adresser à des structures qui font l’ensemble : prévention sexuelle, réduction des risques. Nous à Aides, on a aussi un groupe qui est réservé aux usagers, qui est un groupe sur Facebook, qui s’appelle Aides infos chemsex, dans lequel les usagers actifs ou qui est en rupture de consommation, peut s’inscrire de manière anonyme, confidentielle etc. où il peut avoir des informations. C’est réparti un peu partout sur le territoire, donc on peut trouver, même si on est assez isolé, même si on est dans une région qui n’ait pas une grande ville, où qui n’a pas une grande ville à proximité ou la capitale. Ça veut pas du tout dire qu’on n’a pas accès au chemsex. Aujourd’hui, on voit bien que justement, ça peut toucher n’importe qui, même dans des régions rurales, même des zones pas très identifiées comme étant des grandes zones de consommation… Donc voilà, y a pas mal de structures. Il ne faut pas hésiter à se rapprocher des assos de lutte contre le sida ou de réduction des risques.
Journaliste
Merci beaucoup, Fred.
Fred
Merci à vous.
Si le chemsex devient un problème pour vous ou pour éviter qu’il le devienne, des associations sont là pour vous aider, vous accompagner. Retrouvez deux autres sujets consacrés au chemsex sur la page Instagram de Sexosafe.